Johan Parent, Anne Peverelli, Virginie Piotrowski /

Architectures potentielles

du 25 février au 26 mars 2017

vernissage 25 février de 14 h à 18 h

horaires d'ouverture: mardi à dimanche 14h - 18h

Avec quelques éléments réels et fictifs, Johan Parent reconstitue un espace neutre et froid, qui pourrait être celui d’un bureau ou d’une administration, mais dont la perception le transforme peu à peu en un lieu étrange et aliénant. Deux murs de la salle, repeints pour l’occasion en gris-vert, sont vaguement éclairés par des luminaires sphériques, et agrémentés par de fausses bouches d’aération. Des dessins en noir et blancs rythment ces surfaces neutres, tandis qu’une plante verte semblable à celles que l’on pourrait trouver dans une salle d’attente, agrémente un angle de la pièce. Une troisième paroi s’ouvre sur une projection tripartite d’espaces anonymes filmés en plans fixes et qui rappellent les sujets encadrés. D’une grande simplicité, ce dispositif d’installation met en péril la perception de l’espace. Le spectateur entre dans un lieu non identifié, mais suffisamment anodin pour ressembler à des centaines d’autres endroits familiers, mais sans identité propre. L’accrochage traditionnel des dessins en ligne rappelle celui d’une galerie, tout en devenant ornemental par la présence incongrue et pourtant importante de la plante verte. Seul élément naturel, le végétal permet de se raccrocher à une réalité que tout concorde à rendre virtuelle ou théâtrale, y compris le sujet des dessins. Ces enfilades labyrinthiques de couloirs, intitulés «Laboratoire Vertigo», deviennent d’autant plus vertigineuses lorsque le regard s’attarde sur le sol en damier, formé non pas de dalles noires et blanches, mais de blocs vides alternant clair et obscur. Autre élément perturbateur, la vidéo présente des lieux vides et sans couleur qui trouent le mur par un effet de perspective accélérée. Le manque de détails narratifs apparente ces trois vues aux dessins ainsi qu’à l’atmosphère étrange qui s’en dégage, amenée ici par une porte qui s’ouvre et se referme à répétition sans intervention humaine. L’absence de personnages, au-delà de rendre l’ensemble déroutant voire inquiétant, transforme inévitablement le visiteur en acteur, qui se fait happer par ce décor réel ou imaginaire. Ces différentes interventions créent des mises en abyme successives sur des univers où le regard peine à retrouver ses repères.

Lignes, grillages, réseaux, coulures, créés par des teintes sourdes, constituent les éléments du langage pictural d’Anne Peverelli. La justesse avec laquelle chaque trait semble trouver parfaitement sa place sur la surface de la feuille, tout en gardant intacte la liberté du geste et la fluidité de l’ensemble, est fascinante. Aux limites de l’abstraction, ces compositions retiennent en filigrane le souvenir d’un élément architectural ou paysager, dont le regard de l’artiste, s’est nourri pour en extraire une vision purement picturale. Lorsque les lignes se font réticulaires, elles créent des espaces d’ombres et de lumière, tandis que jointes en angles, elles semblent dessiner le squelette d’une architecture en devenir. Organisées en parallèles, elles gardent cette imperfection qui laisse deviner le geste. On oscille perpétuellement entre la suggestion d’un espace ou d’un volume et la perception jouissive du pinceau caressant la feuille de papier avec exactitude. Toute surface plane peut servir de support, la plasticienne sélectionnant le médium en conséquence pour obtenir l’effet désiré. Dans cette exposition, Anne Peverelli a choisi un mur de forme triangulaire sur lequel laisser courir l’aquarelle pour construire une architecture improbable. Ce jeu de croisements irréguliers brise la surface monumentale de la paroi en lui offrant une sorte de légèreté que viennent contrebalancer des dessins placés sous verre. L’artiste maintient ainsi sur un même registre les deux fonctions murales – de fresque et de support –, en créant de surcroît un mouvement perpétuel entre deux dimensions, de format, grand et petit, mais aussi d’espace, plat et en volume. En tant que spectateur, le regard se promène à travers les lignes, comme dans un parcours où il peut s’attarder sur les dessins qui s’ouvrent sur une dimension supplémentaire, comme autant de fenêtres sur des univers picturaux parallèles. Libre à lui de se reconnecter à des images existantes ou de demeurer dans le silence de la peinture.

Comme un peintre le ferait avec ses pinceaux, Virginie Piotrowski dispose sur le mur dessins, maquettes, lampes et matériaux bruts pour recréer une œuvre globale et disparate que le spectateur est invité à reconstituer mentalement, comme s’il se trouvait devant une immense peinture constructiviste. Libre à lui de donner alors à cette suite un déchiffrage selon ses propres codes, en s’appuyant sur les indices formels ou sémantiques que l’artiste a posés dans sa mise en place. Virginie Piotrowski, à son habitude, joue sur plusieurs registres, intercalant réel et virtuel, image et objet, dessin réaliste et photographie. Par ce jeu de renvois, de juxtapositions et de confrontations, elle nous immerge progressivement dans ce qui, au premier regard, ressemble à un inventaire, qui prend forme et consistance à mesure qu’on l’observe et qu’on s’y promène. Disposant ici d’un mur de dix mètres, la plasticienne a joué sur l’étalage dans la longueur et donc sur la surface. La troisième dimension est créée par la superposition de plans et par les perspectives fictives des dessins et des photos. Le mur se transforme ainsi en un point focal d’étalonnage fixe vers lequel le regard peut revenir dans son perpétuel aller et retour entre chaque élément. L’échelle joue également un rôle important dans cette installation. Les maquettes et représentations au crayon d’échafaudages retiennent le concept de gigantesque qui vient butter contre les surfaces réfléchissantes qui reproposent virtuellement la structure de la salle d’exposition, en la fragilisant dans une image translucide qui se superpose aux dessins par l’utilisation de vitres. Virginie Piotrowski ne partage pas seulement sa réflexion, mais nous fait entrer dans son processus d’élaboration de l’œuvre, comme si elle transposait en réalité un fragment de son atelier. Le fait que certains objets soient simplement posés contre le mur, accentue cette première compréhension d’une installation en suspens et introduit le concept de temporalité et de mouvement implicite, cette idée étant corroborée par l’image de chantier et d’architecture. L’artiste crée une œuvre globale, à appréhender progressivement, par niveaux successifs./NK

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Né en 1984, Johan Parent est diplômé de l’Ecole Supérieure d’Art de l’Aglomération d’Annecy. Il a reçu en 2014 le Fonds SCAN du DRAC Rhône Alpes de soutien à la création numérique. Il a obtenu plusieurs résidences, au Centre d’Art de Flaine, au Centre d’Art Contemporain de Pau, au Point Commun Art contemporain à Vran Gevrier et à l’Université Pierre Mendès France à Grenoble. Ses installations ont fait l’objet d’expositions personnelles dans divers centres d’art («Matière grise», Galerie Showcase à Grenoble, «Sfumato Vertigo» au Centre d’Art de Faine, «Double fall, Gran Lux» au site Mosser, Saint Etienne, à l’Institut d’Art Contemporain, Villeurbanne/ Rhône-Alpes et à la Serre, Saint-Étienne. Depuis 2007, il a participé à de nombreux événements et expositions collectives, notamment «La Collection d'ANA.D» au Kunstverein Wolfenbüttel en Allemagne; la Biennale OFF de Rennes, projection d'art vidéo sélection Oodaaq; «La métis du renard et du poulpe», à la Cabane Georgina, Marseille; «The Uncanny Valley» au Mixeur - site de la Manufacture - Cité du design, Saint Etienne; «Tootem, Under the influence» aux Instants Chavirés, Montreuil; «Monobandes III», Galerie les Territoires, Montréal  «Autres, Être sauvage de Rousseau à nos jours», Musée Château, Annecy; «The Experiment», Espace d'Art Contemporain Arteppes, Annecy; «Miniflux», Galerie Roger Tator, Lyon.

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Née en 1963, Anne Peverelli vit et travaille à Lausanne où elle s’est diplômée à l’ECAL. Elle a reçu la Bourse de la fondation Irène Reymond en 1993, de l’Institut suisse de Rome (1995) et le Prix Manor Vaud en 1998. Elle a exposé régulièrement notamment à la Fondation Louis Moret de Martigny, à la Galerie Davel 14 à Cully et à la galerie APARTE à Lausanne ainsi qu’à l’Atelier Raynald Métraux à Lausanne, à la Galerie I. Gétaz, Mont-sur-Rolle et à l’Espace de Andres-Missirlian, Romainmôtier. Ses œuvres ont été montrées dans de nombreuses expositions collectives, comme au Musée Arlaud de Lausanne («Préludes» en 1995, «Perspectives» en 1997, «Ligne de partage» en 2000, «Des seins à dessein» en 2006, «Fondation I.Reymond» en 2006, «Art+Pierre+Fossiles» en 2008), au Musée des Beaux-Arts de Lausanne (expositions Accrochage-vaud, éditions de 2003 à 2006, 2008 et 2013), à la Fondation Verdan de Lausanne («Point de vue» en 1998), au Musée Jenisch de Vevey («bcv-art» en 2002), au Musée Alexis Forel à Morges («Donation-Création» en 2010), à la Fondation de l’Hermitage de Lausanne («Contemporain, ou bien?» en 2012), aux Anciennes Halles CFF à Lausanne («De l’inachevé» en 2013) et à la Galerie C de Neuchâtel («Vegetalus» en 2014), au Kunstmuseum de Berne («Sous le signe du mouvement» en 2002), à la galeie ExEx de Saint-Gall (2005), au Museum zu Allerheiligen de Schaffhouse, au Kunsthaus Kreuzberg à Berlin («Anonyme Zeichner n°10» en 2009). Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections publiques (Musée des Beaux-Arts de Lausanne, Kunstmuseum de Berne, BCV Lausanne, Sturzeneggerstiftung à Schaffhouse, Collection Migros, Cabinet des estampes, Musée Jenisch de Vevey, Fond des arts plastiques de la Ville de Lausanne, CHUV de Lausanne. Elle a également réalisé des œuvres monumentales à la Prison de Lonay (1992), au Collège du Léman à Renens (2010) et au CHUV, cafétéria du personnel (2014).

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Diplômée de l’ESA de Dunkerque, Virginie Piotrowski vit et travaille dans l’Isère. Depuis 2012, son travail a fait l’objet de plusieurs expositions personnelles («Inventaire et gestion des écarts» à Galerie X. Jouvin et «Une autre exposition» à la Galerie Showcase à Grenoble; «L’atelier à l’instant même», Le grand Angle et «Récits, mémoire, empreintes», Le Mille Pas, Voiron). Elle a participé régulièrement à des expositions collectives, aux expositions de Noël organisées par le CNAC-Le Magasin de Grenoble, ainsi qu’au Site universitaire grenoblois («Ailleurs» et «A pied d’œuvre#2») et au Local de Poitiers («DDE, un répertoire de formes»), sous divers commissariats. Elle a créé l’installation pérenne «Signes», dans le cadre de l’exposition «sentier art & patrimoine» (Arras-en-Lavendan, Hautes-Pyrénées). Lors de résidences, elle a réalisé des installations qui ont également fait l’objet d’expositions (Lycée E. Mounnier de Grenoble, Le Bel Ordianire à Pau, Agora Collectiv à Berlin et 5th Floor à Gyumri en Arménie). Elle a reçu la Bourse Step-Beyond de l’European Culture Fondation en 2012 et la Bourse des arts plastiques de la Ville de Grenoble en 2016.

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autour de l'exposition

///// rencontre avec l'art contemporain:
visite de l'exposition dans un contexte plus large d'histoire de l'art (en collaboration avec VIVA)

///// visites thématiques gratuites autour de l’exposition pour enfants accompagnés par un adulte:

 

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