Brigitte Crittin, Marie Perny, Marianne Requena, Sophie Verbeek / Visions scripturales

du 7 septembre au 9 octobre 2011

Broderie, céramique, calligraphie et découpage sont des techniques très différentes que les quatre artistes présentées dans le cadre de cette exposition ont développées au profit de la thématique qui les réunit, celle de l'écriture. Depuis le début du XXe siècle, notamment avec le Cubisme, lettres, chiffres et textes ont été intégrés par les artises comme autant d'éléments constitutifs de l'œuvre d'art et ce, jusqu'à nos jours.
Marie Perny s'est familiarisée avec la technique ancestrale de la broderie pour arriver progressivement à d'immenses compositions, ayant comme support des draps de lit anciens, où lettres, chiffres et dessins se mêlent pour raconter des bribes de vie, comme un journal. Histoires inventées ou entendues à la radio ou encore au café, fragments de romans ou de conférences constituent la base des textes que l'artiste brode avec une palette infinie de fils multiclores qui créent des tableaux à la fois intimes et universels, puissants et délicats. En choisissant le fil pour ses créations, Marie Perny ancre son travail à la fois dans une tradition ancienne (celle des grandes tentures issues de la manufacture des Gobelins) mais aussi dans l'art contemporain où la broderie est largement représentée, sans oublier l'Art brut qui rassemble aussi nombre d'artistes utilisant ce moyen d'expression.
La calligraphie constitue le point de départ du travail de Sophie Verbeek. Après une série consacrée à l'Evangile selon St Jean pour laquelle elle avait créé une écriture particulière, cryptée, proche du symbole, l'artiste a poursuivi sa recherche sur l'élément fondateur du texte calligraphié, la ligne. Celle-ci s'est peu à peu émancipée de sa forme liée aux lettres et à la lisibilité pour s'étirer, s'envoler en arabesques, s'épaissir au gré de la plume, laissant à la main la liberté de jouer avec elle. Sortie de son carcan, la ligne devient fil qui s'emmêle et se démêle à souhait, traçant sur la feuille un dessin autonome, qui porte la trace du texte initial. Lorsque le pinceau remplace la plume, la surface fait son apparition, d'abord comme un ruban qui se déroule, puis comme une verrière multicolore où chaque fragment devient réceptacle de lumière.
Céramiste, Marianne Requena façonne des plaques en terre ou en porcelaine, sur lesquelles elle transfère, grave, dessine textes et images. La mémoire, l'émotion, le temps, le souvenir sont autant d'éléments qui pétrissent ses oeuvres, associés de manière intuitive jusqu'à ce qu'ils rejoignent le subconscient de l'artiste pour retracer des liens avec l’imaginaire collectif. Images anciennes, bribes de textes à peine effacés, dessins esquissés au crayon, les compositions de ces plaques ressemblent à des fragments venus du passé, comme des tablettes extraites de ruines improbables, craquelées en surface à la manière des souvenirs qui peinent à affleurer à la conscience.
Avec ses grands découpages, réalisés à partir de poèmes, Brigitte Crittin donne corps aux mots, les incarne dans des matières translucides pour les distribuer ensuite dans l'epace, tels une chevelure. Dans une série plus intime, l'artiste a créé de petites scènes à la fois bucoliques et érotiques, à partir de papiers peints pour tapisserie, qu'elle a ensuite encadrées à l'aide d'anciens passe-partout dorés à la feuille. Les mots qu'elle a intégrés à ces compositions intimes viennent souligner la magie de l'instant, la sensualité et l'amour. /N.K.

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