Marc Batalla, Léonard Félix, Sarah Girard / Traces

du 12 septembre au 14 octobre 2012

L'effacement de la forme, la disparition progressive du décor, la présence-absence du sujet sont des thématiques apparentées qui relient subtilement les œuvres des trois artistes exposés sous le titre de «Traces».
Par leur composition rigoureusement équilibrée et un cadrage qui réordonne une réalité chaotique, les photographies de Sarah Girard offrent au regard une perception conceptuelle des choses et de leur environnement. Elle crée des séries d'une grande cohérence dont l'une des images annonce souvent une thématique qui sera traitée par la suite, après avoir mûri au fil de réflexions et du regard au féminin de l'artiste. Les points de départ de ces «Paysages intérieurs» sont le portrait d'une jeune femme, réalisé plusieurs années avant, et la photo d'un champ cultivé. Le lien entre les deux sujets se fait naturellement en laissant le regard se promener sur la surface du visage qui se transforme peu à peu en véritable paysage humain. Féminité, fragilité, sensualité, fertilité sont autant de concepts que la photographe parcourt à travers ces images de nature entrouverte, de toiles d'araignées ébauchées et de campagne évanescente disparaissant dans la brume.
Une sensation de brouillard enveloppant se dégage également des peintures de Léonard Félix, qui privilégie les teintes sourdes qui pourtant se déploient en une richesse chromatique très subtile. Les objets qu'il isole comme les uniques personnages de ses compositions sont ensuite balayés par des couches de peintures qui les transforment peu à peu en fantomatiques silhouettes dont la substance devient progressivement et purement picturale. L'objet ainsi n'est plus que prétexte à l'action de peindre qui le submerge et le fait réapparaître dans un mouvement de va et vient entre réalité et peinture pure. L'espace également oscille entre abîme et surface. Le regard peut s'y enfoncer ou seulement l'effleurer, comme l'imagination qui hésite à pénétrer dans une fiction, de peur de s'y perdre. Il y a sans doute quelque chose de théâtral dans la présentation centrale des objets, caressés par une lueur étrange, élément qui transparaît peut-être de son travail ponctuel pour les décors scéniques.
Comme autant de mises en scènes en attente de protagoniste, les peintures à l'œuf de Marc Batalla représentent toutes différentes perspectives de son atelier. Situé en sous-sol et donc sans vue sur le monde extérieur, cet espace est devenu, d'abord par hasard puis par nécessité, le sujet inépuisable de ses œuvres. En nous rappelant ainsi que tout microcosme peut contenir l'univers entier, l'artiste peint tous les recoins et perspectives possibles de cet espace rempli d'anecdotes et d'objets accumulés par le quotidien de la vie. Formats et points de vue se succèdent sans se ressembler, révélant des détails que le réel revêt de banalité et qui se mutent dans la peinture en assemblages harmonieux de formes et de couleurs, où les objets trouvent un espace privilégié pour raconter leur histoire. Une histoire où l'artiste devient le narrateur omniscient et absent, troquant sa voix pour un pinceau./N.K.

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