Les éditions Samizdat avec Fanny Gagliardini, Fausto Cennamo, Frédérique Baud-Bachten

du 30 novembre au 8 décembre 2013

Implantée à Genève depuis plus de vingt ans, cette maison d’édition familiale – puisqu’elle est née de l’énergie créatrice de deux sœurs, Denise Mutzenberg et Claire Krähenbühl – rayonne pourtant bien au-delà des frontières du canton grâce à la qualité des auteurs sélectionnés et des ouvrages publiés. La volonté des deux éditrices de défendre et de faire connaître la poésie à un public élargi est sans doute à l’origine du choix du nom «Samizdat» qui signifie en russe «auto-édition» et qui était utilisé par les jeunes poètes en Union Soviétique pour désigner des textes clandestins qu’on se passait en cachette. Quand on les rencontre, on ressent immédiatement chez ces deux femmes cette exigence fondamentale qui les a poussées à poursuivre le chemin pas toujours facile de l’édition poétique. Aujourd’hui Samizdat compte quelque cinquante auteurs, toutes générations confondues, et publie chaque année des livres alliant textes et œuvres d’art, dans une harmonieuse complémentarité qui naît à chaque fois de la rencontre entre deux artistes, l’un visuel et l’autre écrivain.

Deux séries distinctes d’œuvres de Fanny Gagliardini sont présentée. L’une créées autour du recueil de Françoise Delorme («Poreux par endroits») et l’autre inspirée du livre de Jacques Roman, «J’irai cacher ma bouche dans ma gorge»). La première, jouant sur les couches superposées et les transparences, retrace une épreuve que l’auteure a traversée, il y a quelques années. Douleur, combat et guérison trouvent un écho dans les compositions de Fanny Gagliardini qui a utilisé ici gravure, sérigraphies, collages en strates successives pour symboliser l’enveloppe corporelle. La délicatesse des détails, révélée grâce à une grande maîtrise de la technique mais aussi à une flexibilité à utiliser les accidents de la procédure, dévoile peu à peu, dans ces fragments proches des téguments presque monochromes, un univers réticulaire composé de paysages abstraits où le regard s’enfonce dans la rêverie. La deuxième série, plus récente, est tout en lumière et formes géométriques. L’artiste a puisé pour la créer dans la thématique centrale du long poème de Jacques Roman qui intègre à son texte les poètes du passé. Fanny Gagliardini les a vus comme des constellations qui transparaissent à travers la toile de lin laissée presque vierge, dans un jeu de dualité dialectique où formes et tons clairs se répondent dans un équilibre parfaitement harmonieux.

Le papier, en tant que matière première pour permettre au texte de s’incarner, est au centre du travail de Fausto Cennamo. Uni à la matière picturale il se laisse modeler et transformer pour assumer les contours de surfaces géométriques qui se traduisent parfois en visages abstraits. Dans un jeu de modulations perpétuelles entre volume, plans et lignes, l’artiste crée des compositions aux couleurs chatoyantes où le papier assume l’apparence du parchemin, du palimpseste porteur des traces d’écrits oubliés. Ces œuvres accompagnent plusieurs livres: «Mention fragile», de Silvia Härri, et «Pierres que la mer a consumées», de Laurent Cennamo.

Les «Fragments d’un journal intimes» constituent un ensemble de collages que Frédérique Baud Bachten a réalisés dans une période où les mots venaient difficilement. Glanés dans les pages de journaux et magazines, les images qu’elle a découpées ont retrouvé une deuxième vie dans des compositions surréalistes aux couleurs vives, et aussi un titre qui s’est imposé à elle naturellement.

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