Pascale Favre, Laetitia Salamin, François Schaer / Reliefs

du 28 février au 12 avril 2015

La montagne, Laetitia Salamin la parcourt, la vit, s’en inspire pour la traduire en peinture pure dans chacune de ses œuvres. Du panorama des Alpes au détail d’un lichen, tous les éléments de cet environnement trouvent écho dans ses dessins et peintures. Mais l’artiste n’en garde que le reflet sobre et dépouillé, teinté de couleurs ténues, aux formes simples, essentielles. Il ne s’agit plus ici de la représentation d’un paysage connu, mais de la transformation du particulier en universel. Partant de l’observation directe de la nature effectuée pendant des randonnées, elle s’approprie des sujets pour les soumettre à ses pinceaux jusqu’à ce que ne subsiste plus que le trait, la silhouette, la surface, la couleur. Bref, la peinture à l’état pur. Avec la même facilité, elle réussit à contenir dans l’espace de la toile l’immensité d’un lac de montagne, sans en ôter la notion d’absolu majestueux, et à plonger son regard dans l’infiniment petit d’un détail de rocher comme on s’enfoncerait dans la profondeur du cosmos. La fascination de l’artiste pour ces paysages somptueux et pour la beauté des matières qui les constituent est palpable dans le soyeux étalement des tons clairs qui semblent glisser les uns sur les autres pour nous restituer les atmosphères changeantes de la montagne.

Débutée comme un travail documentaire, la série «Jours blancs» de François Schaer s’est développée vers un registre graphique qui sublime le paysage et renforce l’intensité des portraits. Le photographe joue avec le brouillard qui tamise les contours, dématérialise les quelques architectures et semble suspendre les skieurs dans un espace indéfini. Ces derniers deviennent des motifs abstraits rythmant la surface immaculée. Mais à y regarder de plus près, les prises de vue révèlent peu à peu des nuances subtiles qui se déclinent harmonieusement en soulignant les courbes des pistes de ski. La variété insoupçonnée de blancs que le photographe a su capter rappelle les quelque vingt mots différents que les Inuit possèdent pour décrire cette couleur. Par sa prédominance, la neige n’est plus seulement le décor, mais le sujet principal de la série. Par sa richesse de tonalités, elle confère à la photographie une patine picturale voire de gravure lorsque les traits des installations de remontées mécaniques viennent s’inscrire dans l’image comme les griffures d’une pointe sèche. Proche de la peinture allemande romantique, le paysage de montagne est magnifié, tandis que la composition peut parfois virer à l’abstraction avant-gardiste, lorsque des taches de couleur vive viennent interrompre la continuité du blanc. La série est ponctuée de fragments de vie, avec des portraits où l’on retrouve, dans l’intensité des regards, les liens humains que François Schaer tisse au fil de ses images.

Le paysage, qu’il soit architectural ou naturel, parcourt tout le travail de Pascale Favre comme un trait continu que l’artiste dessine à l’encre ou applique directement sur le mur en bandes autocollantes. Apparentées par la forme à la retranscription du réel, ces installations transposent plutôt dans l’espace un paysage mental linéaire, celui du souvenir, du vécu, de la pensée. Les objets de récupération, cartons d’emballages, photos, cartes postales ou posters, viennent se poser sur les lignes noires extrêmement précises – une réminiscence de sa formation première d’architecte d’intérieur – comme autant de relais ponctuels sur lesquels l’attention se focalise pour décrypter l’ensemble. Ces images touristiques à l’esthétique surfaite, montrant des montagnes se reflétant dans des lacs, deviennent ici le point de départ pour une déclinaison sur le thème du dédoublement dont l’artiste extrait la structure épurée dans ses dessins à la plume. Formés de points réguliers, ils transforment l’horizon en un axe de symétrie qui écartèle la montagne en deux comme pour en révéler le cœur. Le volume est recréé ailleurs artificiellement, avec le poster de panorama des Alpes qu’elle fait ondoyer sur le mur. L’ensemble devient ainsi un immense réseau de liens déployés sur les murs et réorganisés en une représentation stylisée de montagne, qui peut se lire comme un entrelacs d’histoires. / N. Kunz

 

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