Olivier Estoppey, Marie Gailland, Claude Gigon, Zivo / Promenons-nous dans les bois...

du 18 avril au 6 mai 2012

La présence de l’animal dans les créations humaines perdure depuis l’époque des premières peintures rupestres. Les civilisations l’ont adoré comme figure divine, diabolisé comme représentation du mal, symbolisé comme apparence d’un concept invisible, raconté en fables, illustré dans des bestiaires plus ou moins réalistes ou bien utilisé comme élément décoratif. Et aujourd’hui encore, ce thème ne cesse de fasciner les artistes et de les accompagner dans leur compréhension du monde.
Le titre de cette exposition renvoie au jeu, à la comptine, et souligne le côté énigmatique que l’on retrouve chez les quatre artistes réunis pour l’occasion.
Puisant dans le spirituel et le mythe, les peintures de Marie Gailland sont habitées de symboles, de figures humaines ou animales, réduites à leur essence par un trait qui jaillit du cœur du tableau, tel la réminiscence d'un dessin ancestral. Spontané, le geste n'en est pas pour autant expressionniste, mais au service d'une fraîcheur sans cesse renouvelée que l'artiste cherche à exprimer pour reporter sur la toile le souffle qui l'anime. Si l'on parcourt son travail depuis les débuts, on peut observer une liberté gagnée au fil des ans, avec l'abandon progressif de la symétrie et d'une construction très stable au profit de compositions de plus en plus légères, soutenues par une narration qui tient du merveilleux.
Proche de la légende et du dessin d'enfant, le travail de Zivo, tel qu'il nous est livré sur les toiles et les papiers, est la dernière étape d'un long processus indissociable de sa propre histoire. Les supports qu'il utilise, laissés le plus souvent à l'état brut, sont tout autant importants avec leur matière irrégulière que le dessin lui-même. A peine suggéré, le trait émerge du fond, présence-absence d'une idée, d'un souvenir qui a trouvé ici sa matérialisation maximale et que la mémoire semble peiner à retenir. L'animal y fait son apparition fugitive comme un signe, un symbole, une objet rituel, qui n'est pas sans rappeler les peintures murales primitives.
D'une extrême sobriété, les grands dessins sur papier de Claude Gigon, blancs sur fond noir, sont le prolongement d'une série qu'll avait intitulée «Portraits d'idées». Les animaux représentés affleurent sur le fond sombre, tels des présences fantomatiques, observant le spectateur de leurs yeux absents, volant dans un espace vide ou encore sous forme d'un œuf en attente d'éclore. La rapidité du geste de l'artiste, que l'on sent poussé par une force intérieure impérieuse, anime ces figures étranges d'une vie propre, comme si la main en avait révélé la présence préexistante. L'artiste se transforme ainsi explicitement en créateur, tandis que la feuille de papier devient matière première, cadre primordial où la magie s'opère.
Les sculptures d'Olivier Estoppey sont toujours conçues pour trouver une place dans un environnement particulier. Il a choisi de présenter ici un taureau agonisant, faisant partie d'un ensemble, «Le tombeau de Couperin», car il s'adaptait au cadre du jardin de la Ferme. En le plaçant au centre des ruines de la chapelle, il lui offre un écrin abritant son dernier souffle tout en soulignant le concept de sacrifice et de mort lié à cet ancien lieu de culte. L'expressivité qui sous-tend ces œuvres, issue d'une parfaite maîtrise technique, permet au sculpteur de transcender l'image représentée pour poser inlassablement le même questionnement sur l'homme et sa place dans le monde, à travers l'animal qui revient sans cesse dans son travail.
A l'origine de cette exposition, il y aurait dû y avoir une ribambelle de loups qui ne pourront pas être installés, d'autres seront bien là, alors, «Promenons-nous dans les bois...»/ N.K.

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