Hina Aoyama, Siripoj Chamroenvidhya, Yoshimi Futamura, Marie-Dominique Kessler, Arpad Polgar / Ombres & Lumières

du 9 septembre au 4 octobre 2009

Matières translucides, jeux d'ombres sur fond blanc, transparences et opacités, formes organiques sont autant de liens qui créent l'unité de cette exposition. Cinq artistes – s'exprimant chacun dans une technique différente – sont réunis ici. Comme en 2007 déjà, la galerie participe au Parcours céramique carougeois avec la céramiste japonaise résidant à Paris, Yoshimi Futamura. Inspirées à la nature, les œuvres de cette artiste prennent les formes de vasques, de bulbes, de graines dont les patois craquelées rappellent les anfractuosités des trocs d’arbre. Posées e installations, ces objets attirent par les sensuelles courbures et les matières irrégulières qui semblent porter les rides du temps qui passe.
Les traces intemporelles et visuelles constituent également le centre du langage poétique de Marie-Dominique Kessler. Privilégiant la technique du monotype et de l’encre sur papier Japon, elle retranscrit les structures, le plus souvent organiques, qui rythment notre quotidien. Nervures de feuilles, fibres de fruits se transforment, deviennent écriture permettant de déchiffrer des fleurs, des horizons lointains, des paysages d’une sublime tranquillité. L’allusion aux estampes japonaise est omniprésente, mais pas tant dans les sujets que dans cette facilité à transposer le réel pour le faire basculer soudainement dans une abstraction qui touche au musical.
Cette ambiguïté perpétuelle entre réel et abstrait est également au cœur du travail de Siripoj Chamroenvidhya qui présente ici de grandes réalisations à la laque synthétique sur plastique à bulles. Plans d’eau, feuillages se découpant sur fond de ciel ne sont que des prétextes pour explorer les possibilités plastiques de ce support particulier, dont la structure impose déjà un rythme régulier avec lequel l’artiste va jouer sur une subtile gamme de transparences monochromes. De près, l’image se brouille, se pixellise, et n’apparaît dans son intégralité que de loin, lorsque la matière se fond dans l’ensemble figuré, comme une apparition fugace, prête à disparaître à nouveau.
La présence fantomatique de l’image est une constante dans les photographies d’Arpad Polgar. En photographiant le même sujet avec de légers décalages, il obtient une aura lumineuse qui semble émaner de l’intérieur et qui révèle une infinie richesse de détails. La série Osmose propose des transparences où les matières plastiques des serres se transforment en membranes abritant des formes végétales. On y perçoit le temps qui passe et qui y laisse des traces, comme c’est le cas aussi dans les textures. La matière, en se dégradant au fil des intempéries, laisse la nature reprendre ses droits de plasticienne improvisée qui crée de petites merveilles anonymes, révélées par l’objectif du photographe attentif.
La nature aussi est la source d’inspiration d’Hina Aoyama, qui la traduit en formes stylisées à l’élégante beauté. Ses découpages sont loin des scènes d’alpage de la tradition appenzelloise et sont empreints d’une grande élégance, toute orientale par la délicatesse des formes et le dépouillement des compositions. Avec une infinie finesse, tiges, pétales et pistils s’entremêlent dans un entrelacs harmonieux de courbes, et nous font entrer dans un monde fantasmagorique d’ombres et de lumières./N. K.

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