Stéphane Montavon / Pile ou faces

du 3 mars au 1 avril 2010

Proche des formes graphiques de l’illustration et de la bande dessinée, l’univers pictural de Stéphane Montavon est centré sur la figure humaine, parfois monumentale, ou alors démultipliée en une ribambelle de petits personnages espiègles. Cette thématique unique, déclinée à l’infini, trouve corps dans des couleurs affranchies des règles académiques, comme le sont d’ailleurs aussi les formes et les volumes. Sur les toiles, les teintes saturées explosent à l’acryl dans des opacités qui se superposent ou se juxtaposent à des contours linéaires. Un jeu analogue de transparences est utilisé de manière plus subtile lorsque l’artiste dessine sur du papier calque, qu’il utilise recto-verso, afin de créer une atténuation des teintes et une profondeur accrue.
Les œuvres de Stéphane Montavon sont ainsi structurées par des univers différenciés qui s’interpénètrent, dans un entremêlement de lignes et de formes dont le regard peine parfois à s’extraire. Lorsque le spectateur trouve une brèche pour entrer plus profondément dans une composition, il se fait piéger comme à l’intérieur d’un labyrinthe de miroirs reflétant des réalités parallèles et psychédéliques. La puissance des volumes et des couleurs ainsi que la saturation de l’espace par une multitude de personnages – qui semblent déborder des limites du papier – contribuent à captiver l’attention.

La proximité avec la bande dessinée pourrait laisser croire, tout d’abord et de manière trompeuse, qu’on se trouve en présence de dessins inoffensifs et anecdotiques. Rapidement, cette première impression est balayée par la complexité des surfaces et des rythmes qui semblent répondre à un mystérieux langage aux accents presque inquiétants. Ce sentiment est corroboré par les yeux vides et inexpressifs de certains visages, ou encore par les grimaces ricanantes d’autres personnages. Est-ce du rire ou du sarcasme? L’ambiguïté est volontairement maintenue, reflet des difficultés à décrypter le monde actuel. Car, comment ne pas voir, dans ce chaos orchestré, une interprétation de la réalité contemporaine aliénante et exténuante? Mais l’artiste ne nous met pas en garde, il porte son regard sur ce qui l’environne, le ponctue d’interrogations sans réponses; observateur interloqué, il ne cherche pas nécessairement à interpréter. Il confie au papier son image du monde et de l’être humain, simplement poussé par la nécessité vitale de dessiner./ N.K.

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