Barbezat-Villetard, Xavier Bauer, David Curchod / Mise en abyme

du 31 octobre au 13 décembre 2015

Avec la délicatesse de l’orfèvre, David Curchod transforme le papier en fragiles silhouettes. Squelettes, feuillages poinçonnés, femmes sans visage, structures viscérales et tatouages composent des assemblages labyrinthiques. Dans ces entrelacs d’éléments qui se répètent, le chaos n’est qu’apparent, orchestré par des symétries et des correspondances de formes et de couleurs. L’artiste travaille par thèmes qu’il décompose et reformule de manière presque obsessionnelle et exhaustive, pour créer une suite de variations subtiles des tonalités et des dispositions. Les éléments sont découpés, parfois finement perforés et ensuite superposés en couches successives qui augmentent progressivement la complexité de l’ensemble et créent des effets de profondeur, de vides et de pleins, d’ombres et de lumières. Tel un jeu de miroirs kaléidoscopiques, ces œuvres se dévoilent progressivement, couche par couche, révélant des univers surréalistes qui s’emboîtent comme les rêves et les souvenirs.

Les installations de Xavier Bauer questionnent sur l’essence de l’image, sur ce moment intangible où elle devient perceptible au regard. Finement lacérée en lamelles, la photo retournée vers la paroi laisse filtrer la lumière qui crée sur le mur un reflet évanescent. Par ce processus, l’œuvre remonte aux sources de la photographie, en passant par une réminiscence du monotype dont l’encre serait ici immatérielle; il répète indéfiniment la magie du révélateur faisant émerger l’image photographique sur le papier sensibilisé. Le sujet représenté est inféodé au jeu de lumière et d’ombres qui en reproduisent un simulacre éphémère et changeant selon l’intensité de l’éclairage. Ce qui importe est cette frontière labile entre apparition et disparition de l’image qui devient ainsi énigme que le spectateur va tenter de résoudre et, entrainé dans cette interrogation, il est invité à questionner la nature même de ce qu’il perçoit. La dynamique d’émergence de l’image est accrue dans la série des écrans thermochromes sur lesquels elle affleure tel un mirage. Avec Oxymoron enfin, bloc de cendre compressé, l’ambiguïté de la perception visuelle est exacerbée par l’apparente solidité de cette sculpture qu’un souffle peut réduire à nouveau en poussière.

En intervenant sur l’espace pour en modifier la perception, le collectif Barbezat-Villetard confronte le visiteur à sa propre manière de regarder. Les deux artistes mettent en œuvre des matériaux aux formes géométriques simples, utilisés comme plans ou lignes, translucides, opaques, colorés ou lumineux. Sobres et épurées, ces installations créées à chaque fois pour un lieu interrogent de ce fait immédiatement sur leur relation avec l’environnement et permettent d’appréhender celui-ci avec un regard neuf. Par l’utilisation du filet, du néon ou de la plaque de verre, ces plasticiens soulignent leur volonté d’employer des matériaux fabriqués industriellement et d’en détourner la fonction première. Ils réalisent ainsi une double aliénation, celle de l’espace et celle de l’objet. Le néon se fait catalyseur géométrique, le trait sprayé reformule un lieu d’exposition, les papiers découpés et ondoyants entrent dans la troisième dimension et les plaques de verre deviennent sculptures en équilibre précaire. Chaque intervention artistique est dictée par l’endroit qui la subit et diffère donc des autres, tout en gardant un propos unique qui se développe avec pertinence d’une création à l’autre./ N. Kunz

 

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