Matteo Pagani, Tania Moya, Heike Schildhauer / Métaphores

du 3 septembre au 2 octobre 2016

Avec un réalisme qui garde un pied dans le langage surréaliste de l'illustration, Matteo Pagani dessine des enfants qui n'ont de jeune que le corps. Les attitudes, les comportements et les regards plongent déjà ces personnages énigmatiques dans le monde des adultes. Aucun décor ni environnement n'est représenté; les fillettes et garçonnets sont incrustés dans le blanc de la feuille, résumant à eux seuls toute une histoire, le plus souvent inspirée aux étapes de la vie, aux états d'âme. Humour parfois grinçant et beaucoup de tendresse donnent le ton à ces œuvres où Matteo Pagani parle d'une enfance rendue un peu inquiétante par le sérieux qui se lit au fond des yeux, et par des jeux qui intègrent la mort avec une légèreté déconcertante. Et pourtant, c'est bien dans cette détermination presque boudeuse et cette totale intégrité dans les actes et les sentiments que l'artiste a su capter l'essence même de l'enfance. Le travail d’illustrateur qu’il poursuit en parallèle confère aux œuvres de Matteo Pagani une dimension où l’imaginaire n’a pas de limites et les histoires sans cesse suggérées. Ces images, par leur présentation dénuée de détails superflus, fonctionnent aussi comme des épigrammes ou des proverbes, que le spectateur est invité à décortiquer comme autant d'énigmes.

Heike Schildhauer navigue entre le mythe et la légende, la tradition et la mémoire, thématiques reliées entre elles par la présence sous-jacente ou évidente de la mort. Dessins, objets, sculptures, installations ou céramiques sont créés par séries où elle revisite les concepts de héros et de rituels avec un regard décalé qui reconnecte ces sujets à des problématiques contemporaines ou privées, les rendant par-là intemporels et universels. L’objet utilitaire ou de culte est transformé – par l’utilisation de matériaux différents ou par l’agrandissement de sa taille d’origine –, ce qui souligne sa destination première tout en en détournant le sens et lui conférer un statut d’image emblématique. Le gourdin primitif devient ainsi un bibelot fragile en céramique nériagée, technique consistant à mélanger des terres de différentes couleurs pour obtenir un dessin dont l’artiste contrôle la forme. La cabane de chasse, formée d’un empilement de tables et de luminaires est muté en monumentale pièce d’ameublement. Le thème de la mort multiplie ses facettes dans les œuvres d’Heike Schildhauer. Des casse-noisettes dansant le cycle de la vie, à la célébration post-mortem d’un frère malade à travers des dessins en grisaille le montrant tel un dieu Pan, jusqu’aux installations relatant l’expérience de mort imminente, Heike Schildhauer donne corps à son imaginaire en le mettant en scène de manière souvent théâtrale, comme dans ces photographies où elle a fait poser des personnes vêtues de parures rituelles fantaisistes et portant les gourdins d’apparat. L’artiste ne fait pas dans la demi-mesure, sans la volonté première de choquer, elle nous offre dans un style baroquisant des œuvres puissantes et sans concession.

Avec une légèreté toute apparente, Tania Moya dessine des femmes sur le ton mineur. La volupté des formes et des poses vient buter contre la violence de certaines compositions qu’alimentent sang, douleur et souffrance. D’un trait décidé et sans ambages, elle donne naissance à des silhouettes allongées, concentrant les détails sur certaines parties seulement qu’elle souligne par le fil rouge cousu à même le papier ou par la couleur. Ces visages se ressemblent tous dans un premier temps, mais dès que le regard s’y attarde, il découvre une multitude de personnages qui possèdent leur identité propre. Inconsciemment, l’artiste fait d’ailleurs appel à sa mémoire des visages qui émergent de manière presque naturelle sous son crayon. Les personnages se découpent sur le blanc de la feuille, sans être rattachés à un décor, comme autant de mondes en soi, avec leurs symboliques et leurs histoires qui se racontent par les détails. Tania Moya traite de problématiques féminines liées à la condition, au corps et aux sentiments, comme l’asservissement, la maternité, la chirurgie esthétique ou la rupture amoureuse. Mais elle le fait littéralement, montrant les chaînes, le sang ou le cœur brisé. Elle nous fait ainsi entrer dans une dimension poétique faite de métaphores et de litotes où l’animal joue une large part. En complément au dessin, l’artiste crée aussi des installations dans l’espace, qui portent le caractère linéaire du trait de crayon ou la dérision parfois amère des œuvres sur papier. Qu’elles soient en deux ou en trois dimensions, ses réalisations conservent toujours cette approche ludique qui se densifie quand on l’observe jusqu’à se révéler dans leur complexité sémantique./NK

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