Ladina Gaudenz - Dominique Kunzli Leclerc - Marcel Maeder - Nicolas Pahlish - Matilde Tinturier / Luxuriances

du 14 avril au 16 mai 2010

Démesure et densité vibratoire. Ces deux concepts intrinsèques à la luxuriance, laquelle se veut ici au pluriel afin de souligner l’éventail de la diversité, constituent le fil conducteur qui relie cinq artistes s’exprimant à travers les fleurs et la nature, les utilisant comme un langage original à décrypter.
Dans ses grandes toiles peintes à l’huile, Ladina Gaudenz interroge le spectateur sur sa perception de la réalité, présentant ses sujets sur un aplat de ciel bleu ou sur la surface immobile d’un plan d’eau reflétant un azur parsemé de nuages. La surface devient une membrane invisible séparant deux univers, céleste ou aquatique, sur laquelle des fleurs amples sont posées, presque en équilibre au milieu de nulle part. Coquelicots accrochés au ciel ou improbables nénuphars sortant de l’autre côté du miroir, la fleur est, pour l’artiste, un artifice à l’essence toute picturale, intensifiée par une esthétique ostentatoire et surréaliste.
Incarnées dans une matière onctueuse et généreuse, les œuvres sur papier marouflé de Dominique Kunzli Leclerc utilisent diverses techniques pour restituer l’ambiance humide et sensuelle des sous-bois. Couleurs chatoyantes et rendus veloutés se fondent entre eux en d’infinies et subtiles variations que vient interrompre, ici et là, l’ombre d’une empreinte végétale. L’irruption de ces formes issues de la réalité et leur répétition aléatoire créent le lien entre matière picturale et image du monde, entre imaginaire et vision sensible, entre immatériel et structure.
Puissantes par leurs dimensions et par le métal dont elles sont faites, les sculptures de Nicolas Pahlisch doivent leur légèreté visuelle à leurs silhouettes, dessinées par une ligne ininterrompue. Fleurs géantes livrées au vent comme d’étranges éoliennes ou fèves énormes débarquées d’un autre monde, ces œuvres retranscrivent l’admiration de l’artiste pour la nature et magnifient la poésie véhiculée par le brin d’herbe.
C’est aussi dans la nature que Marcel Maeder puise la matière première pour ses prairies artificielles. Il collecte des fleurs, qu’il photocopie et découpe une à une, avant de les coller sur de petites tiges métalliques qu’il piquera enfin sur une surface en polystyrène. Ces dizaines de milliers de petites fleurs recouvrent des murs entiers, tels les parterres aux mille-fleurs des tentures médiévales. Extrapolée de son contexte et reproduite mécaniquement sur un matériau artificiel, la fleur se transforme en pixel d’une image abstraite et mouvante, dans laquelle le regard se promène et se perd. La notion de temporalité est également présente à travers l’illusion de pérenniser la fragilité d’une fleur dans sa reproduction artificielle, elle-même tout aussi sujette à la finitude.
Telle une collectionneuse de l’éphémère, Mathilde Tinturier construit ses installations en fonction du lieu qu’elle est invitée à investir, à partir de toutes sortes de végétaux et papiers découpés. Brindilles, ombellifères et autres feuilles de ginkgo se transforment en lustres, en fragiles mobiles et autres étranges excroissances, dont l’artiste est l’artificière et qui envahissent l’espace de la galerie. Sortis de leur environnement d’origine et réordonnés selon un imaginaire féerique, ces végétaux deviennent de précieux reliquats qui révèlent l’exubérance de formes échappant souvent au regard dans la nature. /N. K..

en images

liens

documents