Françoise Jaquet - Voici / Voilà

du 5 au 30 mars 2008

Entrer dans l’univers mystérieux de Françoise Jaquet est un peu comme parcourir les pages d’un livre écrit dans une langue oubliée. On y retrouve des formes connues que l’artiste a sorties de leur contexte pour en révéler la plasticité et leur conférer une signification nouvelle. A l’aide de branches, lichens, bois, racines, papiers gaufré, palettes industrielles, Françoise Jaquet explore les limites entre l’intérieur et l’extérieur, le visible et l’invisible, le naturel et l’humain, la vision et l’illusion, la matière et la spiritualité. La rétrospective qui va lui être consacrée à la galerie la Ferme de la Chapelle en mars est l’occasion de montrer la grande diversité de cette production artistique qu’il est difficile de cataloguer dans un courant particulier.
Des premiers marbres, blancs ou polychromes, jusqu’aux grands kaléidoscopes aux couleurs tournoyantes, son travail semble s’être peu à peu développé vers la transparence et la légèreté, tandis que le bois sous toutes les formes, fibres, racines, buissons ou papier, semble finalement s’être imposé comme seul support capable de répondre à ses nombreux questionnements. L’un des aspects les plus intéressants de ces œuvres réside dans le précaire équilibre entre la matière primordiale brute, la perfection des formes et le travail manuel laissé volontairement apparent. Par le geste artistique qui flirte avec l’artisanal, l’objet est sorti de son contexte et révèle sa beauté ainsi qu’une signification insoupçonnée. Sous les doigts de l’artiste, les racines s’unissent pour créer des cœurs palpitants et les papiers gaufrés prennent l’allure illusoirement pesante des bouches d’égout dont ils sont l’empreinte. Ailleurs, des pyramides de branchages révèlent leur structure intérieure tout en opposant la parfaite géométrie des formes à l’aspect imprécis du travail manuel. Toute une partie de la production artistique de Françoise Jaquet est constituée de petits objets au crochet qui semblent issus d’une improbable encyclopédie de botanique surréaliste. L’illusion marque également la série des palettes industrielles dont les planches ont été sciées par endroits, décorées de miroirs et de néons qui en font des sortes de fenêtres ouvertes sur de mystérieuses profondeurs illuminées de l’intérieur.

Ce monde dont la couleur apparaît et disparaît au fil des créations nous rappelle des temps oubliés où l’homme n’avait pas encore coupé le fil fragile qui lui permettait de communiquer avec la nature. L’artiste tente de le renouer, dans un langage nouveau qui fait se rejoindre l’ancestral et le moderne. / N. K.

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