Bernard Garo / La voix d'un espace vide

Etienne Krähenbühl / La Conscience du caillou

du 2 juin au 26 août 2008

Avec ce troisième volet du projet ARIL (Alexandrie, Reykjavik, Istanbul, Lisbonne), Bernard Garo nous emmène à sa suite dans la capitale portugaise. Loin des clichés de la ville touristique aux murs blancs et aux toits rouges, l’artiste a privilégié les atmosphères empreintes de nostalgie – où il nous semble de percevoir les accents langoureux du fado –, les ruelles escarpées, les ogives monumentales d’une époque révolue ou encore les structures complexes des architectures plus modernes. La courbe est omniprésente dans ces tableaux aux harmonies de bruns, gris, bleus et rouille, une courbe qui souligne tantôt une voûte, le colimaçon d’un escalier ou encore la silhouette d’un promontoire. Comme il l’a fait pour les deux autres séries de ce projet, l’artiste s’est rendu sur place afin de s’imprégner de l’essence de la ville à travers une série de photographies à partir desquelles il construit ses compositions, le plus souvent sur de grands formats. Signature de l’artiste, la matière dense et riche en sable, bitume et autres terres naturelles consolide le dessin déjà très structuré qui reflète des architectures de pierre et de métal.

L’élément métallique est aussi le matériau dont Etienne Krähenbühl fait naître ses sculptures comme autant d’objets semblant venir d’un autre monde, météorites tombées du ciel ou cubes monumentaux jetés par des dieux espiègles. L’humour n’est jamais très loin chez cet artiste qui a pris le parti de déjouer les lois de la physique en développant, en collaboration avec un professeur de l’EPFL, un alliage original aux propriétés extraordinaires. La particularité de cet assemblage est de garder la mémoire de la forme, permettant de créer des sculptures mouvantes qui démentissent l’impression de poids suggéré par leur monumentalité. Lorsqu’elles assument la forme d’un caillou tombé du ciel, l’attention se concentre sur la beauté intrinsèque du fer corrodé qui traverse le temps en se parant de jour en jour de couleurs toujours plus intenses. Le mouvement et le temps sont deux concepts liés dans ces œuvres si surprenantes auxquelles on attribue volontiers une conscience indépendante.

A la conjonction de ces deux mondes artistiques: une sculpture créée spécialement par Etienne Krähenbühl pour une performance cnçue par le Collectif de la Dernière tangente dont Bernard Garo est le co-fondateur. Cette installation circulaire munie d’un mât sert de scène à une danseuse et s’intitule L1014, du nom donné par les astronomes aux échantillons sans étoile, composés de nœuds denses de gaz et de poussière. Elle suscite dans l’imaginaire de l’artiste un questionnement sur l’origine du monde et de la création./N.K.

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