Pierre Ferrarini, Rodolfo Gallego, Bernard Mamie

du 1er au 30 juin

Motifs répétés, structures, rythmes, effets de matières relient entre elles les œuvres de ces trois artistes où prédomine le noir-blanc. En découvrant la gravure, Bernard Mamie a trouvé la technique qui épouse parfaitement la liberté du geste. De la pointe sèche à la linogravure, en passant par le collage, le monotype, le plexiglas et les rehauts à la peinture, il joue avec ces supports et instruments en se laissant guider par son souci de reconstruire un espace régi par l’équilibre et l’onirique. Ces univers miniaturisés sont construits par des éléments tour à tour ondulatoires, réticulaires ou éclatés qui soutiennent les compositions et retiennent parfois dans leurs toiles des fibres diverses qui semblent alors flotter au-dessus d’un infini magmatique. Le regard peut s’y perdre et se laisser pénétrer par le rêve, doucement bercé par des subtils épanchements d’encres monochromes et la beauté révélée des matières. Proche du labyrinthe, la dernière série est plus contrastée, avec un dessin en aplats noirs imbriqués qui jouent sur des rapports de force entre vides et de pleins créant des surfaces complexes rehaussées de motifs peints en rouge.
Des peintures au vernis sur papier calque où tourbillonnent d’improbables tuyauteries de non moins chimériques machines, Rodolfo Gallego s’est plongé dans la matière. Pour prolonger l’effet de transparences et d’opacités des œuvres sur papier, il a choisi le plomb, la feuille d’aluminium et le verre. La densité du premier, accrue par ses mystérieux reflets presque mats, a dicté à l’artiste des formes proches de l’obus ou de la brique, qui se multiplient en se dématérialisant par des jeux de miroirs lorsque ces pièces sont associées au verre. La présence envahissante du papier d’alu dans la vie quotidienne a suggéré à l’artiste des pièces monumentales, créées à partir de cette matière domestique qui devient ainsi précieuse et lapidaire. Hérissées contre un mur ou disposées en gerbes au sol, ces sculptures aux allures d’échine ou de forêt coupée déploient une aura presque menaçante. L’utilisation du métal a ramené Rodolfo Gallego à la base même du dessin, au fusain, qui trace sur la feuille des surfaces se retransformant en volumes, refermant ainsi le cercle cohérent de cette série d’œuvres.
Discipliné, minutieux, obsessionnel dans sa continuité, le travail de Pierre Ferrarini se lit comme un journal intime, écrit au fil des jours sur des cartes blanches identiques. Au crayon d’abord, puis à l’encre noire, ce fourmillement structuré touche à la fois au réticulaire et au scriptural, crée une suite temporelle qui se déroule sur le mur en 777 rectangles, dessinés de 2004 à 2013 et scannés, formant à leur tour un ensemble de grands panneaux déployés sur plusieurs mètres de longueur. D’infimes variations parcourent ces surfaces, leur conférant une sourde musicalité vibratoire qui dévoile la discontinuité de ces instants où vie et création sont intimement liées. Face à cette composition se dresse un autre mur dont les briques sont les 432 images, scannées quotidiennement, du sous-main ayant servi pendant la réalisation des dessins, de 2008 à 2013. Dans le noircissement progressif de ce morceau de carton, documenté à la manière des autoportraits de Roman Opalka, l’artiste propose une lecture parallèle de l’écoulement du temps, non plus par le remplissage créatif de l’espace, mais par la décomposition en instantanés de la dégradation inéluctable de tout objet matériel. /NK

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