Marc Gentinetta, Jean-Michel Kaartuz, Pierre Thorelle / Faux semblants

du 1 novembre au 4 décembre 2011

La raison première qui pousse l’être humain à dessiner, façonner, sculpter, construire est profondément ancrée dans son besoin de se poser face au réel, de l’apprivoiser, de le reproduire, de se l’approprier. De cette manière, il cherche à poser une trace de sa propre existence dans le monde réel et dans le temps, deux éléments qui constituent aussi les fils conducteurs des philosophes depuis la Grèce antique. Représenter le réel est illusoire, que ce soit dans une œuvre en deux ou trois dimensions, par le texte littéraire ou dans la simple élaboration d’un concept. Et c’est justement sur cette illusion que jouent les créateurs pour construire leur univers artistique avec leur vision subjective de la réalité.
La lumière, essentielle pour nous permettre d’appréhender le monde environnant, est le fondement de la photographie. Elle est aussi au centre du travail de Marc Gentinetta qui cherche à en fixer la substance sur ses clichés. Dans des photogrammes réalisés précédemment, elle était la matière première qui construisait des corps dans l’espace, tandis que dans la série présentée ici elle révèle les structures et les textures de l’élément végétal. L’arbre devient colonne vertébrale de ces compositions, avec des lignes directrices qui se font dessins à la beauté graphique, surfaces qui se dissolvent dans la transparence et la monochromie, ou encore formes et sculptures abstraites.
Quoi de plus concret que la pierre, avec sa densité, sa présence parfois monumentale? C’est elle qui est au cœur de l’œuvre de Jean-Michel Kaartuz-Etienne qui a appris avec le temps à en connaître les secrets pour les mettre à jour lentement, à nous en faire partager la beauté première. Jouant avec les accidents naturels qui ont marqué la personnalité de la pierre, il transforme ce matériau avec la persévérance de la rivière, en lui insuflant des apparences qui deviennent vaguement familières, comme celles qu’on pourrait trouver dans des concrétions ou dans des organismes marins. Mais grâce à un équilibre subtil entre volumes harmonieux et imperfections, le sculpteur réussit à conserver dans ses pièces cette étrangeté qui interpelle, qui invite à la contemplation.
Proches du trompe-l’œil, les grandes aquarelles de Pierre Thorelle représentent des choses aussi simples qu’un regard d’égoût, un tas de sable ou de blé. En deux dimensions et posées à la verticale contre le mur, ces compositions défient les lois de la nature. Pour arriver à cette perfection graphique, les étapes ont été nombreuses, des installations soulignant l’espace architectural à l’emploi de végétaux disposés selon une logique systématique. Avec les aquarelles, l’artiste interroge l’apparence et la matière et en extrait des images cycliques, symétriques et énigmatiques, proches de mandalas ayant revêtu l’enveloppe du réel./N.K.

 

 

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