Margherita del Balzo, Claire Nicole, Anne-Chantal Pitteloud / Eléments

du 31 novembre au 2 décembre 2012

Le travail artistique de Margherita del Balzo débute avec la recherche de végétaux dans la nature, qu'elle transforme ensuite en papier-cuve. Avec la technique du batik, elle teinte certaines feuilles ainsi obtenues, puis se laisse inspirer par ces taches de couleur aléatoires et par les textures des fibres qu'elle rehausse à l'aide de la plume ou du pinceau. Paysages, arbres et personnages prennent naissance comme s'ils étaient révélés au regard depuis une dimension cachée où ils préexistaient déjà. L'artiste semble fusionner intimement avec la matière végétale qu'elle a apprivoisée depuis sa forme sauvage naturelle. Ses séjours prolongés en Afrique et en Asie l'ont peu à peu formée à cette technique et, de retour à Genève, elle a poursuivi ses explorations des rives de ruisseaux, des champs et des forêts en continuant, à l'aide de matériaux autochtones, la fabrication de nouveaux papiers. Ce qui a évolué, ce sont les détails du dessin. A l'étranger, la nature et ses luxuriantes extravagances lui ont imposé une certaine sobriété en la cantonnant au minutieux rendu du détail des écorces et des branches. De retour en Europe, le fourmillement des mythes et légendes perçus là-bas est revenu la hanter, libérant son imagination et faisant apparaître d'étranges personnages dans ses compositions. Mais à côté de ces intrusions féeriques, Margherita del Balzo maintient en parallèle des dessins très sobres, ces deux aspects de son travail reflétant sa double aspiration intime, l'une tournée vers l'imaginaire de l'enfance, l'autre tendant à la contemplation méditative.
Les gravures et peintures de Claire Nicole composent avec des objets du réel, réminiscences de promenades en pleine nature, pour recréer des paysages intériorisés, aux couleurs et lumières tamisées, délicatement distillées autour de noirs profonds. Ses œuvres sont une invitation à pénétrer patiemment dans des univers qui semblent monochromes au premier regard, mais qui révèlent à qui sait les regarder une infinie variations de gris, de roses, d'anthracites, de bleus ou de verts aux transparences superposées qui créent de fascinantes profondeurs et luminosités. Sa maîtrise des diverses techniques de la gravure, pointe sèche, monotype confère au geste de l'artiste une liberté étonnante et une constante recherche de dépassement. Il y a, dans ce travail qu'on devine volontiers persévérant et profondément ancré dans une démarche d'abstraction de l'élément réel, une exigence de perfection et une rigueur nées de la réflexion incessante sur le processus même de création. L'aspect onirique omniprésent de ces œuvres trouve un interlocuteur privilégié dans le texte littéraire, à travers de nombreuses collaboration que Claire Nicole entretient avec divers éditeurs et écrivains avec qui elle crée des gravures originales. Céramique, dessin et vidéo sont les expressions utilisées en complémentarité par Anne-Chantal Pitteloud pour traduire ses recherches sur le vestige, la trace, l'empreinte et la cartographie improbable, géographique ou organique. Se définissant comme une artiste nomade, cette voyageuse est fascinée par les cartes géographiques. Une résidence à Paris où elle a décidé de se concentrer sur le dessin uniquement a débouché sur un procédé consistant à étaler des taches d'encre et de les laisser sécher pendant la nuit. Les formes ainsi obtenues rappellent étrangement les dessins d'anciens atlas et sont ensuite complétées par le collage de mots-clés glanés au fil de ses lectures et relevant des thématiques proches de son univers artistique. Cette démarche vient compléter une série de dessins créés à partir de céramiques dont les formes sont empruntées aux organes et aux cellules, et qui sont présentés comme autant de planches anatomiques issues d'une biologie parallèle. Outres, enveloppes, ribosomes ou cytoplasmes, la forme de ces objets en deux ou trois dimensions parlent de l'origine du vivant et de son évolution, en dévoilant la beauté cachée de ce qu'on ne peut ou ne veut pas voir. La poésie du vestige se retrouve également dans la série «Fossiles» composée de disques incertains de terre issus de l'argile qui reste collée sur la girelle lorsque le fil détache la pièce tournée. En accordant le statut d'œuvre à ces restes destinés normalement à disparaître, Anne-Chantal Pitteloud s'attache à l'esthétique de l'éphémère et de la fragilité des choses souvent banalisées par l'habitude, et qui nous renvoient à notre propre présence au monde. / N. Kunz

 

 

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