Sonja Rosalia Bauters / Les couleurs du symbole

du 28 novembre au 23 décembre 2007

Eclatantes de lumière, les grandes compositions de Sonja Rosalia Bauters puisent aux sources du symbolisme belge, un courant dans lequel elle a baigné depuis ses débuts d’étudiante aux beaux-arts d’Anvers, sa ville natale. Elle vit depuis plusieurs années dans le petit village de Crésuz près de Charmey, réputé, paraît-il, pour la clarté de l’air, aux dires des diamantaires qui s’y déplacent pour vérifier la pureté des pierres précieuses. Cette lumière se retrouve dans ses tableaux où elle met en scène ses propres interrogations sur les cycles de la vie, la condition de la femme, les croyances de l’humain et les mythes fondateurs de l’humanité. Toutes ces réflexions, elle les porte en elle depuis longtemps, puisqu’en tant que femme, elle a dû se battre depuis ses débuts pour faire accepter à sa famille sa décision de devenir artiste, puis au fil des ans, car comme dans bien d’autres milieux, la condition féminine n’est pas toujours des plus faciles.
Au-delà du monde de la peinture, où elle a choisi un chemin ardu, en dehors de toute mode, ne suivant que sa voix intérieure, elle a également combattu la mort puisqu’elle a été victime d’un accident cérébral qui lui a coûté la mobilité de son côté gauche. La période extrêmement lourde qui a suivi sa paralysie partielle a constitué pour l’artiste un véritable parcours de rédemption qui a redonné à sa peinture une vigueur renouvelée et que l’on retrouve également au niveau des thématiques. Vases brisés d’où renaissent des plantes encore desséchées, visages voilés, comme emprisonnés dans les brumes de leur infinie tristesse, mains qui tentent de rejoindre une réalité niée. Et pourtant, au bout du tunnel, l’espoir a ressurgi, éclatant de couleurs et de transparences aux nuances délicates, sous la forme d’un arc-en-ciel, de femmes fortes comme des arbres ou emportées par de puissants chevaux.
Sonja Rosalia Bauters aime travailler des séries de tableaux sur un même thème. Par souci d’exhaustivité d’abord, mais aussi pour des raisons techniques. A sa Flandre d’origine, elle a en effet aussi emprunté une technique ancestrale, celle du glacis à l’huile sur préparation à la caséine. Cette base onctueuse et épaisse permet à l’artiste d’y créer des irrégularités d’une part, mais aussi de constituer un fond idéal pour y appliquer des feuilles d’or et d’argent. Posée par couches successives, comme le faisaient les Primitifs flamands, la peinture à l’huile résonne ainsi de tous ses accords colorés, jouant tour à tour sur l’opacité et la transparence, dans une finesse de détails qui n’est pas sans rappeler les compositions d’un Van Eyck. Ce monde symbolique, sous-tendu de références métaphysiques et de métaphores de l’existence, est empreint du même silence qui règne dans les bibliothèques détentrices de la mémoire de l’humanité. /N.K.

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