Colomba Amstutz et Alban Allegro

du 12 janvier au 10 février 2013

Depuis leur rencontre fortuite à Florence où ils ont fait leur formation en art, Colomba Amstutz et Alban Allegro ont reconnu dans les œuvres de l'autre une proximité thématique et formelle qui les a réunis à la vie et à l'atelier qu'ils partagent depuis. Comme les deux faces d'un même miroir, leurs peintures se répondent dans un dialogue riche de correspondances sur plusieurs niveaux, tout en restant uniques et identifiables, indépendantes et liées les unes aux autres. L'exposition offre à ces deux artistes leur espace autonome tout en soulignant les nombreux liens qui se sont tissés au cours de leurs déjà longues carrières d'artistes.

Symbolique et parfois énigmatique, le langage pictural d'Alban Allegro guide le spectateur à travers un univers aux dimensions spatiotemporelles proches du mythe, tranquille mais puissant, qui semble puiser sa force dans les tréfonds de la mémoire humaine et tellurique. Ses peintures de moyen et grand format pourraient se lire comme les reflets au fond de la caverne de Platon, bribes d'une vérité qui touche au plus profond de la conscience et condition humaine, celle de la naissance, de la vie et de la mort. Il emprunte des vocables formels ancestraux, tels que la barque, la croix, le cerf, l'œil, comme pour s'ancrer dans le flux qui remonte des origines tout en transformant ces éléments dans une vision contemporaine, afin de rappeler peut-être que les questions fondamentales demeurent inchangées et sans véritable réponse. La peinture en tant que matière et couleur constitue pour l'artiste une préoccupation majeure qu'il traduit par une volupté à multiplier les couches pour obtenir des compositions où les divers personnages s'enfoncent dans des profondeurs inconnues et réapparaissent telles des ombres dématérialisées, reflets de leur souffrance et fragilité.

Plus graphiques dans la manière d'aborder les sujet, les œuvres de Colomba Amstutz n'en sont pas moins puissantes. On y retrouve des personnages-silhouettes flottant dans un milieu aérien ou aquatique, primordial et originel. Comme dans un état de rêve préexistant à la naissance ou engloutissant la conscience après la mort, ces êtres éthérés racontent le cycle de vie, la création du monde et le renouvellement. Par leurs diverses positions, les personnages sont à la fois éléments constitutifs de la structure du tableau et clés interprétatives de la symbolique. Debout, prostrés, recroquevillés, allongés, ils parlent de relations, de stades de la vie, de renaissance et de mort. L'espace dans lequel ils semblent flotter, suggéré par des superpositions de couches transparentes et la juxtaposition de couleurs, ne fait pas référence à la perspective du réel, mais plutôt au temps qui passe, à l'idée qu'on se ferait de l'histoire, de la légende, du mythe. Le langage choisi, proche de la stylisation, transforme chaque composant en symbole dont la signification est à décrypter au fil des tableaux, comme autant d'indices laissés par l'artiste./N.K.

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